Michel FICHANT
 

L'amphibologie des concepts de la réflexion : les leçons d'une lecture kantienne des Nouveaux Essais.

vendredi 1er  octobre, 11h40-12h10

Résumé de la communication :

Dans la section de la Critique de la raison pure (1781, 21787), intitulée Amphibologie des concepts de la réflexion, Kant met en place une présentation quasi-antithétique des philosophies de Locke et de Leibniz. En appliquant les « concepts de la réflexion » aux objets eux-mêmes, elles auraient présenté les deux versions inversées de la même confusion entre ce qui revient à la sensibilité et ce qui relève de l’entendement. C’est ainsi que Leibniz aurait tout rapporté à l’entendement, – c’est la thèse de « l’intellectualisation des phénomènes ». Inversement, Locke aurait tout réduit à la sensibilité, – c’est l’antithèse de « sensualisation des concepts de l’entendement ».

La symétrie ainsi établie entre Locke et Leibniz est souvent adoptée comme une grille de lecture pertinente de la confrontation conduite par Leibniz dans les Nouveaux Essais sur l’entendement humain, dont la publication en 1765 a dû retenir l’attention de Kant. On montrera comment la reconstruction kantienne est en cela infidèle à l’intention réelle de Leibniz et à la stratégie déployée dans le dialogue entre Philalèthe et Théophile. Il reste que Kant a identifié, sous sa propre caractérisation de la « réflexion transcendantale », le thème de la réflexion comme celui qui structure le débat, dans lequel le statut conféré par Locke à la réflexion (ou sens interne) comme seconde origine des idées (après la sensation externe) donnait à Leibniz l’occasion de mener sa critique : son argument capital est de montrer que la réflexion bien comprise reconduit nécessairement à reconnaître des connaissances innées, et ce, principiellement, en donnant accès à la réalité du concept de substance.

La notion de réflexion permet ainsi de construire une triangulation, où l’opposition de Leibniz à Locke est en quelque sorte réfléchie à son tour par la critique de Leibniz par Kant.